Get Out, un film d’horreur sous hypnose

Get Out Allociné

Rose et Chris sont amoureux. Après quelques mois de romance, le moment est venu de rencontrer les parents de la jeune femme dans leur domaine, à quelques heures de la ville. Tout semble annoncer un weekend au vert des plus sympathiques, malgré quelques inquiétudes légitimes de Chris à l’idée de faire la connaissance de ses potentiels futurs beaux-parents. En faisant ses bagages, Chris demande à Rose si ces derniers sont mis au fait de sa couleur de peau. Lui est noir, elle est blanche. Mais dans l’Amérique d’Obama, rien a priori ne peut empêcher l’amour de ce jeune couple mixte.

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Réalisé avec un budget dérisoire, Get Out est aujourd’hui en passe de devenir un des plus grands succès commerciaux de l’année outre-Atlantique. Derrière ce premier long-métrage drôle et dérangeant, on retrouve Jordan Peele, roi de la comédie US sur le petit écran. Habitué à l’écriture de dialogues mordants, il a réussi à transformer un petit film d’horreur banal en une œuvre politique dans la lignée des films de Carpenter. Car si les temps de l’esclavage sont révolus, Chris va vite se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond chez les afro-américains qu’il croise chez ses beaux-parents.

Il n’est jamais simple de manier avec dextérité humour potache et suspense dans un même film. Le premier peut vite désamorcer le second et faire tomber à plat les enjeux dramatiques. Et si Jordan Peele réussit ici son pari, c’est parce qu’il va jusqu’au bout de l’absurdité des situations et qu’il affronte sans détour le racisme encore présent aux Etats-Unis.

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La mère de Rose est psychiatre, son père est neurochirurgien et son frère légèrement porté sur l’alcool. Une famille aisée dans une banlieue aisée comme il en existe tant d’autres. Mais au fil des minutes, certains dysfonctionnements apparaissent. Quelques problèmes de communications entre les protagonistes font place à des remarques de plus en plus étranges et déplacées. Et si Get Out est aussi intéressant, c’est parce qu’il montre combien les afro-américains sont sujets non seulement à des blagues douteuses, mais surtout victimes de propos racistes qui ne font plus rire. Ils sont ici vidés de leur intériorité pour qu’une communauté puisse exploiter leurs caractéristiques physiques. Malheureusement, pas besoin de chercher bien loin pour trouver un écho à cette fable. Les crimes racistes se succèdent et fond les gros titres malgré la réussite sociale d’une partie de la communauté afro et d’un président noir à la Maison Blanche.

Produit par Jason Blum (le même producteur que Split de Shyamalan), ce premier film réussi aurait sans doute mérité une fin un peu moins attendue. On devine malheureusement assez rapidement ce qui se trame dans cette villa bourgeoise. Mais Get Out ose une mise en scène audacieuse, parfois à la limite du kitsch mais toujours efficace.