La folie terrazzo

Dans mes souvenirs lointains, le terrazzo était synonyme de halls d’immeuble décrépis et de salles d’attente impersonnelles. Pourtant, ce revêtement autrefois désuet tient sa revanche. Il s’affiche aujourd’hui partout : Dans les boutiques de luxe et chez les designers en vogue, le terrazzo envahit nos intérieurs du sol au plafond, en passant pas les tables basses, les luminaires et les étagères. Et je dois avouer qu’après avoir reconsidéré son esthétique, je trouve ses petites tâches tout à fait charmantes.

La mode étant un éternel recommencement, ce revêtement n’a pas échappé à la règle. Appelé aussi granito – à ne pas confondre avec la recette traditionnelle italienne à déguster au bord d’une piscine – le terrazzo est fabriqué à partir de fragments de pierre naturelle et d’éclats de marbre coloré, le tout aggloméré à du ciment. Utilisé déjà dans les temples helléniques, on peut imaginer aisément qu’Alexandre le Grand a foulé des milliers d’éclats scintillants dans sa conquête de l’Orient. Véritable savoir-faire transmis de génération en génération, ce procédé a traversé les époques pour imposer son esthétique dans la fastueuse Venise du 16ème siècle. Les palais vénitiens se sont alors parés de couleurs fragmentées, à l’image de ces ocres rouges du Palais des Doges. Remis au goût du jour dans les années 80, il a été rapidement délaissé pour un style plus épuré et monochrome.

Aujourd’hui, le terrazzo fait son grand retour. Indissociable du style Memphis, il insuffle un vent nouveau teinté de nostalgie dans les boutiques, les restaurants et les cafés branchés. Les vases, les pieds de lampes et même les savons adoptent l’attitude désinvolte terrazzo pour rouler des R et des mécaniques.

Crédit photo par ordre d’apparition : Terra Table Large blue par Normann Copenhagen  ; Carly Jo MorganMarmoreal White tiles par Dzek ; Maison Kitsuné par Dzek ; Luminaire par Carly Jo Morgan ; Carnet Woouf via Smallable ; Coussins par Eno Studio via French Rosa ; Store Issey Miyake par Tokujin Yoshioka ; Sculpture Kueng Caputo ; Savon Hanahzo